
L'oeuvre de Jean-Henri Fabre
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Jean-Henri Fabre, autodidacte, avide d’instruction et désireux de transmettre son savoir, offre à ses lecteurs, jeunes et plus âgés des ouvrages qui traitent de tous les sujets. Bien sur, il souhaite avant tout faire partager sa passion pour les sciences et surtout sa fascination pour les insectes.
Sa collaboration avec l’éditeur et non moins ami, Charles Delagrave, a été des plus fructueuses, permettant la publication de près d’une centaine de manuels scolaires, mais aussi des ouvrages consacrés à la poésie, la botanique, la mycologie…et bien sur les insectes. |
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| Une sélection d'extraits de l'oeuvre de JH FABRE |
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Extrait du livre " LES RAVAGEURS", 1870, pp. 21-24
Les grands mangeurs
PAUL.- La larve mange gloutonnement pour amasser les matériaux que la métamorphose doit mettre en œuvre : matériaux pour les ailes, pour les antennes, pour les pattes et toutes ces choses que la larve n’a pas, mais que l’insecte doit avoir. Avec quoi le gros ver qui vit dans le bois mort et doit devenir un jour cerf-volant, fera-t-il les énormes pinces branchues et la robuste cuirasse de l’insecte parfait? Avec quoi la larve fera-t-elle les longues antennes du capricorne? Avec quoi la chenille fera-t-elle les grandes ailes de la zeuzère? Avec ce que la chenille, la larve, le ver, amassent, avec leurs économies en substance vivante
(…la larve) n’a rien, ou à peu près, de ce que doit avoir l’insecte parfait. Elle doit donc amasser, en vue des changements futurs, des matériaux de rechange; elle doit manger pour deux: pour elle d’abord, et puis pour l’insecte qui proviendra de sa substance transformée, remise au moule en quelque sorte. Aussi les larves sont-elles douées d’un incomparable appétit. Manger, vous ai-je dit, est leur unique affaire. Elles mangent de jour, de nuit, souvent sans discontinuer, sans reprendre haleine. Perdre une bouchée, quelle imprudence! Le papillon futur aurait peut-être une écaille de moins à ses ailes. On mange donc gloutonnement, on prend du ventre, on se fait gros, gras, dodu. C’est le devoir des larves.
Les unes s’attaquent aux plantes; elles broutent les feuilles, elles mâchent les fleurs, elles mordent la chair des fruits. D’autres ont un estomac assez robuste pour digérer le bois; elles se creusent des galeries dans les troncs d’arbre, elles liment, elles râpent, elles mettent en poudre le chêne le plus dur, aussi bien que le saule tendre. Celles-ci préfèrent les matières animales en décomposition; elles hantes les cadavres infects, elles font ventre de la pourriture. Celles-là fréquentes les ordures et se repaissent d’immondices. Ce sont toutes des vidangeuses, à qui est dévolue la haute mission de nettoyer la terre de ses souillures. Des nausées vous prennent au seul souvenir de ces vers qui grouillent dans la sanie, et cependant alors un acte des plus important, un acte providentiel s’accomplit par ces dégoûtants mangeurs, qui défrichent l’infection et en rendent les matériaux à la vie. Comme dédommagement de sa besogne ordurière, telle de ces larves sera plus tard une magnifique mouche, rivalisant d’éclat avec le bronze poli; telle autre, un scarabée parfumé de musc, et dont la riche cuirasse a les reflets de l’or (…) |
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Extrait du livre "LES SERVITEURS", 1875 pp. 269-271
Les parasites
PAUL.– On nomme parasites toute espèce animale qui vit aux dépens d’un autre et habite généralement sur son corps ou même à l’intérieur. (…) Malgré les nobles facultés de son âme, qui en font le roi de la création, l’homme lui-même a son rôle de victime dans cette lutte entre dévorants et dévorés; il a ses parasites, qui vivent de sa substance sans plus de façon que tel ver ronge la cerise et tel autre la noisette.
(…) En dehors des puissants et féroces animaux, tels que le lion et le tigre, entre les griffes desquels l’homme est comme la souris sous la patte du chat, en dehors de ces formidables espèces que nous pouvons du moins combattre, nous sommes livrés en pâture à des hordes affamées qui, par leur petitesse, leur nombre, leur gîte, bravent impunément nos efforts. C’est d’abord un moucheron, le cousin, qui, armé d’une lancette empoisonnée, puise impunément dans nos veines des gorgées du meilleur de notre sang; et dans une sorte de chant de guerre, sifflé de nuit à nos oreilles, semble insulter à notre colère impuissante.
JULES.- Ce chant de guerre est le bourdonnement aigu que le cousin fait entendre quand il s’approche de nous et cherche, sous la peau, un point à sa convenance pour y plonger sa lancette. Que de soufflets je me suis donné, sans pouvoir saisir l’odieux moucheron, lorsqu’il vient, au milieu de l’obscurité, bruire obstinément aux oreilles!
PAUL.– Ce sont après les infectes punaises, qui nous explorent pendant notre sommeil et choisissent sur nous le morceau le plus tendre, celui qui est le mieux de leur goût.(…) Aux blancheurs de l’aube, dès les premiers signes du réveil, toutes prudemment font retraite et disparaissent, le ventre gonflé de sang, qui dans les jointures de la boiserie du lit, qui dans les plis des rideaux, qui dans les fissures du mur. Là, paisiblement tout le jour, elles digèrent, pour recommencer, la nuit d’après, leurs saignées sur l’homme.(…) |
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Extrait du livre "LA PLANTE", 1876, pp. 38-40
L’expansion de la vie
(…) Ces végétaux rudimentaires, algues, lichens, mousses, champignons, moisissures, uniquement composés de cellules souvent d’un petit nombre, d’une seule même, n’en ont pas moins un rôle immense à remplir. Ils émiettent le roc pour en faire de la terre végétale, ils défrichent la mort, ils assainissent la corruption. Multipliés avec une profusion effrayante, ils détruisent les matières mortes et les mettent dans l’état voulu pour rentrer dans le cercle des matière vivantes. Un arbre, supposons, gît à terre. Pour nourrir de ses dépouilles les plantes qui lui succèdent et revivre en elles, il doit être réduit en poudre. Les ouvriers cellulaires se mettent au travail. Mousses, lichens, champignons, moisissures, s’emparent du cadavre. Aidés par les insectes et par l’air, leurs puissants auxiliaires, ils dissèquent le mort cellule par cellule, fibre par fibre; et de division en division, ils le réduisent en terre végétale. Le grand œuvre est accompli: maintenant, avec ce terreau, poussière de la mort, la vie peut reparaître, une nouvelle végétation peut se former.
Croyez-le bien, mon cher enfant, on n’avance pas un paradoxe en disant que les moisissures de quelques jours de durée ont plus d’importance, dans l’harmonie des êtres vivants, que les chênes, dont la durée se mesure par siècles, car, sans toutes ses plantes, débiles édifices de cellules, sans tous ces végétaux rudimentaires pullulant dans l’ordure, la vie serait impossible, parce que l’œuvre de la mort serait incomplète. Les petits sur la terre, ont préparé et préparent toujours l’existence des grands. Une science bien imposante, la géologie, sait, avec les débris exhumés des entrailles du sol, remonter en esprit aux premiers âges du monde. Or savez-vous ce qu’elle nous dit au sujet des végétaux? Elle nous dit que ni le chêne ni le hêtre et autres puissants végétaux ne sont venus les premiers. Sur des rocs calcinés, vomis par la fournaise souterraine, qu’auraient-ils fait à un moment où la terre végétale manquait à leurs racines! Pour leur préparer le sol, les petits sont venus, en chapelets, en filaments, en lames de cellules, qui dans les eaux, qui sur la roche nue. Patiemment, ils ont émietté le granit; ils en ont fécondé la poussière de leurs propres débris. De leurs efforts, continués des siècles et des siècles, est résulté un peu de terre végétale, où de nouveaux défricheurs toujours cellulaires, des mousses, des lichens, ont trouvé à s’établir. A ceux-ci, d’autres ont succédé; le sol, de jour en jour, est devenu plus fécond; et finalement, la moisissure ayant accompli son œuvre, le chêne a pu venir. (…) |
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Extrait du livre "SOUVENIRS ENTOMOLOGIQUES" 1ère série, 1879
Le scarabée sacré
(…) Les provisions sont faites; il s’agit maintenant de se retirer de la mêlée et d’acheminer les vivres en lieu opportun. Là commencent les traits de mœurs les plus frappants du Scarabée. Sans délai, le bousier se met en route; il embrasse la sphère de ses deux longues jambes postérieures, dont les griffes terminales, implantées dans la masse, servent de pivots de rotation; il prend appui sur les jambes intermédiaires, et faisant levier avec les brassards dentelés des pattes de devant, qui tour à tour pressent sur le sol, il progresse à reculons avec sa charge, le corps incliné, la tête en bas, l’arrière train en haut. Les pattes postérieures, organe principal de la mécanique, sont dans un mouvement continuel; elles vont et viennent, déplaçant la griffe pour changer l’axe de rotation, maintenir la charge en équilibre et la faire avancer par les poussées alternatives de droite et de gauche. A tour de rôle, la boule se retrouve de la sorte en contact avec le sol par tous les points de sa surface, ce qui la perfectionne dans sa forme et donne consistance égale à sa couche extérieure par une pression uniformément répartie.
Eh hardi! Ça va, ça roule; on arrivera, non sans encombre cependant. Voici un premier pas difficile: le bousier s’achemine en travers d’un talus, et la lourde masse tend à suivre la pente; mais l’insecte, pour des motifs à lui inconnus, préfère croiser cette voie naturelle, projet audacieux dont l’insuccès dépend d’un faux pas, d’un grain de sable troublant l’équilibre. Le faux pas est fait, la boule roule au fond de la vallée; l’insecte, culbuté par l’élan de la charge, gigote, se remet sur ses jambes et accourt s’atteler. La mécanique fonctionne de plus belle. (…) |
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Extrait du livre "SOUVENIRS ENTOMOLOGIQUES" 4ème série, 1891
Méthode du Calicurgue
(…)Le choix est bientôt fait: l’Epeire fasciée obtient la préférence. Mais elle ne cède pas sans protester. A l’approche de l’hyménoptère, elle se redresse et prend une attitude défensive calquée sur celle de la Lycose. Le Calicurgue ne tient pas compte des menaces: sous son habit d’arlequin, il a l’assaut brutal, la patte leste. De rapides bourrades sont échangées, et l’Epeire gît culbutée sur le dos. Le Pompile est dessus, ventre à ventre, tête à tête; de ses pattes, il maîtrise les pattes de l’aranéide; de ses mandibules, il maintient le céphalothorax. Il recourbe fortement l’abdomen, ramené en dessous; il dégaine, et…
Un moment, lecteur, s’il vous plaît. Où va plonger l’aiguillon? D’après ce que nous ont appris les autres paralyseurs, ce sera dans la poitrine, pour abolir le mouvement des pattes. Vous le pensez; je le croyais aussi. Eh bien, sans trop rougir de notre commune erreur, fort excusable, confessons que la bête en sait plus long que nous. Elle sait assurer le succès par une manœuvre préparatoire à laquelle ni vous ni moi n’avions songé. Ah! Quelle école que celle des bêtes! N’est-il pas vrai qu’avant de frapper l’adversaire, il convient de veiller à ne pas être atteint soi-même? Le Pompile bouffon ne méconnaît pas ce conseil de la prudence. L’Epeire a sous la gorge deux poignards acérés, avec goutte de venin à la pointe; le Calicurgue est perdu si l’aranéide le mord. Cependant son opération d’anesthésie réclame une parfaite sûreté de bistouri. Que faire en ce péril qui troublerait le chirurgien le mieux affermi? Il faut d’abord désarmer le patient, et puis l’opérer.(…) |
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